VARIAL - supported by Nikon

STORIES: Into the wild

1st Publication : SKIEUR Magazine - French

2nd Publication : ESPACES Magazine - French

3rd Publication : ADVENTURA Magazine - English

Text & Images by Varial

« Is there anyone here? »

“Any injuries?”

Je me tortille, m’extirpe à moitie de mon sac de couchage, fait glisser la fermeture éclair de ma tente, passe ma tête en dehors, récupère un centimètre de neige dans le cou, et mets un premier visage sur cette voix sortie de nulle part. Un deuxième visage acolyte se présente à moi, et mon regard stupéfait se pose enfin sur la figure rassurante et familière d’un gros chien.

Les trois me sourient.

Je leur sourie également.

Ce qui me saute tout de suite aux yeux, c est leur blouson rouge pétant, leur talkie walkie, leur barbe, et je comprends alors que nous allons devenir bientôt le sujet d’une histoire qui tiendra probablement tout l’hiver…

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Je connais Mathieu depuis toujours.

C’est mon cousin, un frère de sang dont je suis de 7 ans l’ainé.
On peut ne pas se parler pendant des heures et des heures, mais se comprendre mieux que personne.

On a décidé de ne partir que tous les deux cette année, car comme le disait l’humoriste Coluche, au dessus de deux, on est une bande de cons. Nous l’avions effectivement confirmé l année précédente dans l’Utah, où à huit, à l’issue des deux premières semaines, nous avions atteint le joyeux stade où l’on ne se parle presque plus.

Mathieu et moi avions terminé la troisième et dernière semaine du voyage tous les deux dans le Colorado, les autres rentraient travailler.

Au final ce fût évidemment les meilleurs moments du voyage et la prise de décision qu’à partir de maintenant, ce serait nous deux.

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Et nous voila justement tous les deux.

Il est 17h. Nous sommes en plein milieu du parc national de Banff à 2457 m d altitude.

Il fait -18…dans la tente.

Nous avons passé les deux dernières heures emmitouflés dans nos sacs à nous réchauffer les pieds et le corps avec un bon litre de thé.

La journée a été longue, rude mais grandiose.

Tout au long de la partie de carte, on se repasse les grands moments de la journée, on se souvient des plus belles courbes, des petites frayeurs, des moments de souffrance ou de fatigue, et on nourrit les sensations fabuleuses de cette glisse magique sur « la plus belle neige du monde » – c est ce qu’on dit de chaque neige, partout dans le monde.

Seuls dans ces merveilleux paysages depuis deux jours, à 6 heures de peaux de phoque de l’endroit le plus reculé de la station, on ne se serait jamais attendu à être dérangés en pleine partie de cartes.

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« Any injuries ? » me redemande ce souriant nouvel-ami.

« No no, we re good, thanks… »

“ Is this your avalanche ?”

Je sens son index tendu dans sa moufle qui pointe la jolie coulée de 40m de large et 500m de long qui surplombe notre campement de fortune.

« Euh…yes » J’hésite, je l’avoue, entre une réponse fière et embarrassée…

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Ce matin là avait été comme tous les matins, assez comique.

L’intérieur de la tente, nos sacs et toutes nos affaires étaient recouverts d’un bon centimètre de condensation gelée. Le thermomètre de ma montre, suspendue à un fil à cote de la lanterne épuisée, affichait de son bleu électrique un joli -22 a cote d un 6h30 clignotant.

Sortir de son sac de couchage est toujours la même histoire drôle.

Passer de l’état « dormeur en slip » à l état « skieur extrême », dans un espace confine de 3m2, à deux, relève plus du spectacle de cirque, de contorsion, d’équilibriste, voire même de clowns. Public et acteur à tour de rôle, nous vivons à chaque fois une bonne demi-heure de rigolade. La joie de remettre des vêtements humides, de la première à la dernière couche, est inégalable.

Quant au moment des chaussures de skis…

Si il y a une chose, une seule chose que j’envie aux snowboarders, c’est bien le confort de leurs « boots », et la facilité déconcertante avec laquelle il rentre dedans, quand nous, skieurs, sommes proches de la fracture de la cheville, pour les plus habitués.

Alors comment décrire l’épreuve que nous avons subie chaque matin de ce voyage ou nous dormions dans la tente…

Debout mais courbé en équilibre a travers la petite ouverture de la tente, une jambe dedans et une jambe dehors, une botte de ski aux mains et un pied qui ne veut décidemment rien savoir a l’idée de pénétrer dans ce bloc de glace.

Dix minutes par chaussure montre-en-main, avec à coup sûr le pied dans la neige pour ne pas tomber. Et je n’exagère pas en disant que nous avons eu parfois recours au réchaud a gaz pour ramollir le tout…

Nous connaissions le programme de cette journée, pour l’avoir repéré pendant notre demi- journée d’approche la veille.

Partis du dernier télésiège de Sunshine Village vers 11h , nous avions marché en zigzag et skié pendant 5 heures, avec un sac de 20kg sur le dos, jusqu'à cet endroit précis qui deviendrait notre camp de base pour trois jours et deux nuits.

De là, en soirée, nous avions repéré trois sommets.

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Deux à trois heures de marche, voire parfois plus, pour cinq à dix minutes de descente

C’est ça le ski backcountry…mais ces 5 min la valent une semaine entière à skier sur une neige pourrie.

N’importe quel skieur backcountry vous parlera du plaisir de la récompense, de la descente sur une neige vierge, et ne vous dira jamais que la montée est pénible. Non. La montée c’est autre chose. C est la découverte, l’appréciation absolue et l’endurance. La satisfaction de trouver son rythme du jour, de dépasser ce rocher ou ce sapin que l’on s’était fixé comme étape, de respirer toujours un air plus frais, plus vigoureux, de ne plus sentir que l’on fait un effort et d’arriver en haut seul au monde avec ses potes bien plus vite qu’on ne l avait pensé…

Combien de skieurs j ai rencontré pour qui monter à pied représente une aberration quand il y a des télésièges pour ca.

Le backcountry, c est le voyage, l’aventure.

Le télésiège c’est les jours de repos.

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Cette journée la, nous avions atteint nos objectifs : nous faire plaisir et toper trois sommets. Nous allions même les dépasser puisque sur le chemin du retour nous nous motivions à refaire le premier sommet du matin, mais par une voix plus directe.

Il est alors 15h00 et tout skieur hors-piste expérimenté (que nous sommes un peu plus à chaque voyage) vous dira qu’à partir de 13h s’engager dans un hors-piste, c’est un peu tenter le diable. En effet, le froid a été à son plus chaud entre 12h et 14h et la neige a eu tout le temps de se transformer, de l’intérieur.

Nous en avions Mathieu et moi bien conscience, mais il avait fait tellement froid ce jour la, -32, que nous rejetions l’idée de la neige transformée, et nous nous engagions dans la montée sur une ligne presque droite, à la verticale donc.

Une heure et demie plus tard, si nous n’avions pas atteint le sommet, nous étions arrivés à une hauteur suffisante pour s’offrir une belle descente de fin de journée…et il y avait cette très jolie lèvre que nous avions repérée le matin même. L’idée d’arriver à pleine vitesse sur cette lèvre et de s’offrir un joli vol sur une vingtaine de mètres nous avait secrètement tenté tous les deux.

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Le hors-piste c’est toujours la même recette : chacun son tour et quand on s’arrête, se mettre à l’abri d’une éventuelle avalanche.

Certains disent que de partir à deux c’est plus dangereux…d’un autre cote il y a moins de risques de déclencher une avalanche qu’à 6 ou 8.

On s offre toujours à tour de rôle l’honneur d’ouvrir une face.

Partir en premier, c’est aussi et beaucoup une question de feeling, car avant chaque départ vous vient ce petit stress qu’une avalanche, ca peut partir à n importe quel moment.

C’est généralement celui qui est le plus rassuré qui part en premier.

Nos peaux de poques pliées et rangées bien au chaud dans le sac à dos, nous prenons quelques minutes pour analyser la descente, repérer l’endroit ou le premier s’arrêtera ainsi que les éventuelles portes de sorties.

Je ne m’expliquerai jamais assez cette envie humaine de crier sa joie lorsque l’on prend autant de plaisir, lorsque les sensations sont à leur plus haut degrés, mais j’entends encore ceux de Mathieu résonner au loin des les premiers virages de cette dernière descente. 50 cm de neige fraiche, des skis très très fat, et 800m de descente.


 Quand Mathieu arrive au niveau de la lèvre qui m’empêche totalement de la ou je suis de voir la suite de la pente, je suis surpris de le voir s arrêter, moi qui pensait le voir disparaître semi volant dans le petit vallon qui nous attendait.

Non content de s’arrêter, il observe une bonne minute avant de se retourner vers moi.

A la distance qui nous sépare inutile de crier.

Mathieu me fait donc un joli « A » avec ses bâtons, « A » qui n’est aucunement la note qu’il aurait pu donner à son très bon  run , mais bien celui d’avalanche.

Je comprends donc que la lèvre au bord de laquelle il s’est arrête vient de s’effondrer sous lui.

Quelques instants de repérage supplémentaires et il se réengage dans la pente disparaissant de ma vue pendant une bonne minute, avant de réapparaitre, ouf ! , minuscule à mes yeux dans le petit vallon de notre campement.

A nouveau je distingue le signes des ses bâtons qui m’indique clairement d’aller tout droit après la lèvre, dans sa direction. Autrement dit en signe de bâton : «  j ai déclenché une avalanche, au lieu d’en déclencher une autre, après la lèvre, tu skies dans mes traces, c est plus sur »

Je m’engage alors sans stress dans la première partie, enchaine quelques grands virages et me prépare déjà à passer tout droit sur la lèvre, histoire de rajouter un petit saut a mes courbes. A l’atterrissage, je découvre effectivement l’avalanche déclenchée. « Toute petite » me dis-je alors. En effet elle s’était déclenchée sur la longueur de ses skis. A l’issue d un gros virage à 90degrés couché dans la neige, je me retrouve à nouveau sur la neige vierge…quel plaisir de se ré-enfoncer dans cette neige sur un vingtaine de mètres. J’ai déjà amorcé ma prochaine courbe que mon inconscience est soudainement réveillée.


« Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuun !! »


Je me retourne pendant mon virage pour voir l’ampleur des dégâts et réalise que je n’ai qu’une seule chance de m’en sortir, aller tout droit.

C’est dans ces moments la qu’on apprécié particulièrement le fait d avoir des skis de 197cm de long et de 190mm en spatule et patin, car même si je chausse deux bouées d’hydravion à chaque pied, la violence de la vitesse que j ai pris cette fois là m’a fait douté, à chaque seconde, de la résistance de mes cuisses, et de mes genoux.

Bien accroché à mes montures, j’arrive comme une trombe dans le creux de ce petit vallon, dépasse mon cousin, et remonte déjà la pente d’en face tout en me retournant, jusqu’à m’arrêter et observer la grandeur et la beauté silencieuse du souffle d’une vraie avalanche.

Car si l avalanche de mathieu est partie sur uniquement 2m de large, la mienne elle s’est décrochée de 50 cm de haut sur 40m de large et a engloutie avec elle tout la montagne sur les 300 derniers mètres.

Mathieu, lui, a disparu littéralement pendant 30 a 40 secondes dans ce nuage de farine qui s’éleva 15 mètres au dessus de nos têtes, avant que je ne le retrouve tout de blanc vêtu… et de la neige jusqu’aux fesses.

Wouhouuuuuuuuuuuuu !

Ouais…

Mon cœur bat toujours aussi vite, pourtant je suis sauf.

Si nous avons partagé sur le chemin du retour à la tente toutes les émotions de cet événement que chaque skieur hors piste, je pense, rêve de vivre un jour en s’en sortant indemne, c’est de s’en être sorti indemne justement cette fois-ci qui nous marquera le plus.

Car effectivement à deux et à 5h de marche du premier contact humain, avoir son partenaire sous une avalanche est le « worse case scenario »

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“Where are you from?”

A cette question, j’aime encore répondre, quand je suis en montagne, que je viens de France, et de rajouter même des Alpes. C’est faux et vrai en même temps, car oui je suis français d’origine, et si je ne suis pas né en montagne, j’y ai passé toutes mes vacances et etudié à Grenoble avant d’arriver au Canada. Et pour un skieur, étudier à Grenoble, c’est un alibi. Alors c’est vrai je l’avoue, c’est hypocrite, mais j’aime que résonne dans ma réponse la grandeur des Alpes Françaises (et Européennes) ainsi que les noms mythiques pour n’importe quel alpiniste, de Chamonix, La Meije ou La Grave.

Quand un des guides, car vous l’aurez compris, nos intrus sont des guides de montagne, tout équipé en ski backcountry, venus sauver d’éventuels blessés de cette avalanche, me demande « do you know you need an authorisation to ski in this area », je réalise que tout citoyen canadien que je suis, je n’ai rien à faire là.

Quand il enchaine avec «  do you know you cannot camp in the Park, and that it is illegal to make a fire and moreover totally forbiden to cut trees” je suis redevenu ce français qui pense que tout lui appartient et qu’il a droit sur tout.

Car oui la veille nous avions passé deux heures à ramasser du bois mort au sol, mais aussi, je confesse, à la racine des arbres, ou les branches sont les plus sèches et cassent facilement.

Nous avions de quoi faire du feu pour nos deux soirées.

Je pense que nos sourires et notre bonne mine les ont rassurés dans un premier temps.

Ensuite je me suis dit qu’ils devaient peut être voir en nous une jeunesse, certes un peu farouche et inconsciente, mais surtout débordante d’envie d’aventures extrêmes. Il n’y avait pas foule ce soir la, si haut si loin a camper sous la tente.

Plus les interdictions que nous avions transgressées s’accumulaient à notre palmarès, plus leur constat les faisait rire eux même.

“There is still a lot of green on that branch” conclua-t-il avec un air un peu accusateur mais surtout très complice…que répondre à part de grands sourires…

Nous apprendrons par la suite qu’ils venaient de Banff même, et qu’ils avaient été appelé par les skis-patrols de la station de Sunshine qui avait repéré eux, je ne sais pas comment, notre avalanche. Et qu’en observant l’avalanche ils avaient remarqué deux traces à l’entrée et une seule trace à la sortie…probabilité forte qu’il y ait effectivement l’un des deux skieurs pris dessous.

Ils avaient donc parcouru, en deux heures, les 40km de route qui séparent Banff de Sunshine, pris la gondole qui amène au point le plus reculé de la station, et étaient finalement venus en peaux de phoque et avec un chien jusqu’à notre campement.

Tout ca en deux heures, alors qu’il nous en avait fallu 5h au départ de la gondole.


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« Are you sleeping here tonight? » reprend notre ami.

“yeah yeah” répondons-nous en cœur, fiers quand même de leur montrer qu’une avalanche n’allait pas nous refroidir pour la nuit…

« Well, good ! Stay warm guys, the night is going to be cold », conclut il avec un salut de la main et un grand sourire.

Nous les avons observé repartir en randonnée jusqu’à les voir disparaître.

Qu’est ce qu’ils sont sympas les guides ici  s’est on dit avec Mathieu.

On avait déjà fait ce constat à plusieurs reprises au Canada et aux États Unis, en se faisant attrapés dans des hors pistes interdits, ou nos accents et notre « on vient des Alpes » nous avait fait copain avec certains ski patrols qui, pour nous impressionner à leur tour, nous emmenaient là ou nous ne serions jamais allé seuls.

Car en France en montagne, il faut l’avouer, les guides ne sont jamais très drôles avec ceux qui ne sont pas leurs clients.

On s est dit aussi qu’un chien c’est pas mal comme compagnon de backcountry…

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Ce qui nous anima finalement pour le reste de notre soirée, ce ne fut pas l’avalanche, ni la venue des guides, mais le fait qu’ils soient venus si vite en peaux de phoque depuis la station. Alors que nous étions fiers de notre rythme, car nous ne passons plus nos vies en montagne, ni à faire du sport tous les jours, nous faisions face à la dure réalité qu, ce qui nous avait pris cinq heures, avec des détours, des pauses, un lunch, leur avait pris eux, vrais gars de la montagne, à peine une heure.

Quand même cinq heures contre une heure.

Il aura fallu attendre le lendemain matin à notre départ, en suivant le reste de leurs traces soufflées par le vent, découvrir derrière les sapins, 500m plus loin, les traces d’un scooter des neiges…HA !
Pas si mauvais que ca en fait nous étions !

Encore moins mauvais qu’on ne le pensait, puisqu’en suivant les dites traces du motorise… il nous fallu finalement à peine plus d’une heure pour retrouver la station.

Comme quoi, on était peut être pas si loin que ca, mais on se sentait au bout du monde.

C est ca aussi le backcountry.

D’être la ou il n y aura personne, et de se sentir déjà ailleurs…

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Full article translated in english by Adventura Magazine editorial team

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